La question sur la nationalité des banyamulenge, cette communauté d’éleveurs tusti rwandophone, soulève déjà des tensions et laisse parfois des remous derrière elle.
Cette communauté longtemps restée dans l’œil du cyclone de l’histoire de la République Démocratique du Congo est aujourd’hui encore sur toutes les lèvres des Congolais.
Depuis leur arrivée massive dès le XIXe S dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, les »congolais tutsi » comme on les appelle, menait une lutte »interminable » pour être reconnus par le pays comme étant citoyen congolais.
Une lutte de l’impossible après moult tentatives finalement avortées ?
Lors de son échange, dimanche face à la diaspora congolaise de Londres dans le cadre du sommet Royaume-Uni-Afrique sur l’investissement, le président de la République Félix Tshisekedi a soulevé la question.
D’après lui, les banyamulenge sont tous des Congolais. Une hypothèse tout de suite balayée d’un revers de la main par ses interlocuteurs
Impossible, disent-ils, d’accorder la nationalité congolaise à cette communauté rwandophone.
Une fin de non-recevoir qui n’aura certainement pas permis à Félix Tshisekedi de corroborer ses propos jugés »inacceptables ».
Les banyamulenge, le rejet d’une communauté dangereuse ?
À l’origine, le sort des banyamulenge a été depuis l’indépendance du pays en 1960, lié aux vicissitudes politiques de l’ancienne colonie belge. Arrivée avec leurs troupeaux de vaches sur les hauts plateaux du Sud-Kivu dès le XIXe s, cette communauté a été la cible de haine ethnique et de discrimination juste après l’indépendance.
La présence des populations d’origine rwandaise au Congo remonte bien longtemps. Des groupes d’éleveurs tutsis, désireux de trouver de nouvelles terres, se sont alors établis au Sud-Kivu dans le territoire de Mwanga, où les chefs locaux leur ont concédé l’utilisation des pâturages.
Au Nord-Kivu, l’implantation des Rwandais s’est fait elle aussi avant le découpage colonial sanctionné par la Conférence de Berlin.
Ainsi, tous les groupes vivant dans le pays au moment de l’indépendance, la nationalité congolaise leur avait été octroyée.
En 1927, le président Mobutu décida la naturalisation collective de tous les Rwandais vivant au Zaïre.
Cette mesure finalement mal accueillie au Zaïre, sera abrogée en 1981
Pendant la 1re et la 2e guerre du Congo, certains banyamulenge ont occupé des positions militaires et civiles, importantes dans les rébellions et profondément impopulaires au Sud-Kivu de l’AFDL (1996-1997) et du RCD (1998-2003).
certains banyamulenge ont alors participé aux abus, souvent au nom de l’autodéfense. Ce qui justifie d’ailleurs le rejet total de cette communauté par les Congolais.
Une question qui suscite un regain de menace ?
Si en 2019, les banyamulenge étaient impliqués dans un conflit à propos de la commune rurale de Minembwe, cette communauté redoute cependant un regain de menace de la part de certains Congolais.
L’adresse du chef de l’Etat devant la diaspora congolaise à Londres demeure l’élément déclencheur de cette menace « grandissante ».
Pourtant, depuis des lustres, les banyamulenge ont un seul désir, être reconnus comme des citoyens congolais à part entière et rien de plus.





