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RDC : quel bilan pour la gratuité de l’enseignement de base ?

C’était l’une de grands paris annoncés par l’actuel Chef de l’Etat congolais, Félix Tshisekedi, dès son accession à la magistrature suprême. Le 7 février 2019 devant la diaspora congolaise au Kenya, en moins de deux semaines après sa prise de pouvoir, le président de la République annonce l’effectivité dès la prochaine rentrée des classes, de la gratuité de l’enseignement primaire en RDC.

« Nous ferons tout pour que la rentrée scolaire prochaine soit gratuite pour l’école secondaire et primaire », avait-il déclaré.

Plusieurs mois, plus tard, du 22 au 24 août de la même année, sera organisée au Fleuve Congo Hôtel dans la commune de la Gombe à Kinshasa, la seconde table-ronde nationale sur l’opérationnalisation de la gratuité de l’éducation. Ce, après une première édition tenue sous le règne du prédécesseur de Tshisekedi, Joseph Kabila, en 2016 laquelle s’était penchée sur les difficultés qui ne permettaient pas de rendre effective ladite gratuité. C’est au cours de ces assises de trois jours que les choses vont prendre forme, car les questions techniques seront abordées. Il s’agit notamment de la création d’une « taxe de solidarité » pour augmenter le financement interne de l’éducation et diminuer la pression sur les ménages, mais aussi la restructuration du Fonds de promotion de l’Éducation nationale (FPEN).

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En effet, ce projet aura reçu plusieurs approbations, notamment celle de la banque mondiale ou encore du gouvernement français, qui a annoncé de soutenir financièrement cette gratuité de l’éducation de base en RDC. Si la première s’est dit prête à disponibiliser 5 milliards USD sur 5 ans, le deuxième a promis de décaisser 15 millions d’euros pour accompagner ce cheval de bataille de Félix Tshisekedi.

Une réalité ou de l’escroquerie ?

Bien qu’opérationnalisée dès la rentrée scolaire de septembre 2019, l’effectivité de la gratuité de l’enseignement fait encore face à plusieurs problèmes. D’un côté, certains enseignants de certaines écoles publiques, majoritairement catholiques, menaçaient un mois après la rentrée d’aller en grève suite au non payement des salaires de certains d’entre eux, pourtant employés par l’Etat dont le nombre était estimé à 105 000 enseignants à l’époque à travers le pays, selon le Syndicat des enseignants du Congo (Syeco). Pas plus tard qu’il y a deux semaines, les enseignants des écoles conventionnées du Sud-Kivu préconisaient un mouvement de grève, tant que les 138 000 enseignants nouvelles unités et non payés de la province ne seront pas provisoirement pris en charge sur fonds propre de la province, en attendant que le processus amorcé par le gouvernement central aboutisse totalement.

Par ailleurs, certains politiques qui estiment que les choses ont été faites dans la précipitation, dénoncent une escroquerie au sommet de l’État.

« C’est un mensonge. Ça ne va pas tenir et il sera vite rattrapé », réagissait Adolphe Muzito, le coordonnateur de Lamuka, qualifiant de « mensonge » la question de la gratuité. Et de renchérir : « Il ne va pas le réaliser, car la pression fiscale de 25 % à laquelle il fait allusion n’est pas réaliste. On est déjà à une pression fiscale de 9 % en 2019. Or, il a promis une pression fiscale de 25 % en 2019. Vous comprenez déjà qu’il ne peut pas appliquer cela. Je ne crois pas qu’en 2020, il pourra prélever une pression fiscale de 25 % sur un PIB de 50 milliards USD ».

De la paternité de la gratuité de l’éducation

En effet, la question de la paternité de la gratuité divise encore le FCC et CACH, pourtant deux plateformes politiques en coalition. Lors d’un salon sur l’investissement tenu à Kinshasa le 20 septembre dernier, l’ancien premier ministre, Augustin Matata Mponyo, avait laissé entendre que la gratuité de l’enseignement de base était déjà d’application sous l’ère Kabila, mais de manière partielle.

Il sera imité par Maker Mwangu, ancien ministre de l’EPSP et proche de l’ancien Président, qui réitère que cette mesure avait été initiée par Joseph Kabila en août 2010 et appliquée à Kananga.

« C’est en 2010, le 30 août, que le président de la République va instruire le gouvernement d’amorcer le processus de la gratuité », a affirmé récemment Maker Mwangu.

Il sied de rappeler qu’au début des années 1990, lorsqu’à la suite de l’échec des différents programmes d’ajustement structurel dû notamment à « l’indiscipline fiscale », la Banque mondiale décide d’interrompre son soutien, l’Etat zaïrois fait face à une crise économique, politique et sociale. Le pays qui, une décennie plus tôt, dépensait plus de 150 dollars par élève, n’arrive plus à payer les enseignants. Au bout des deux années de grève des enseignants, les comités des parents (Apaneza) et les syndicats d’enseignants (Syeza) concluent un protocole d’accord le 10 octobre 1993. Dans ce compromis qui se veut temporaire, les parents s’engagent à payer une prime de motivation aux enseignants. Le document, signé au Sud-Kivu, sera par la suite étendu sur toute la République et les pratiques qu’il consacre demeureront appliquées près de 30 ans plus tard.

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